{"id":6200,"date":"2021-05-12T08:29:46","date_gmt":"2021-05-12T08:29:46","guid":{"rendered":"https:\/\/viajezapatista.eu\/?p=6200"},"modified":"2021-05-12T08:29:50","modified_gmt":"2021-05-12T08:29:50","slug":"cinquieme-partie-le-regard-et-la-distance-avant-la-porte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/cinquieme-partie-le-regard-et-la-distance-avant-la-porte\/","title":{"rendered":"Cinqui\u00e8me Partie : Le regard et la distance avant la porte"},"content":{"rendered":"<p>Traduction originel: https:\/\/espoirchiapas.blogspot.com\/2020\/10\/supgaleano-le-regard-et-la-distance.html<\/p>\n\n\n<p>Octobre 2020<\/p>\n\n\n\n<p>Supposons que cela serait possible de choisir, par exemple, le regard. Supposons que vous pourriez vous lib\u00e9rer, ne serait-ce qu\u2019un instant, de la tyrannie des r\u00e9seaux sociaux qui imposent non seulement ce qu\u2019on regarde et de quoi on parle, mais aussi comment regarder et comment parler. Donc, supposons que vous levez le regard. Encore plus haut : de l\u2019imm\u00e9diat jusqu&rsquo;au local, au r\u00e9gional, au national et au mondial. Vous le voyez ? Effectivement, un chaos, de la confusion, du d\u00e9sordre. Donc supposons que vous \u00eates un \u00eatre humain ; bon, que vous n\u00b4\u00eates pas une application digitale qui, rapidement, regarde, classe, hi\u00e9rarchise, juge et sanctionne. Donc vous, vous choisissez quoi regarder\u2026 et comment le regarder. \u00c7a pourrait \u00eatre, c\u2019est un suppositoire, que regarder et juger ne seraient pas la m\u00eame chose. C\u2019est-\u00e0-dire que vous ne faites pas que choisir, mais que vous pouvez d\u00e9cider aussi. Changer la question de \u00ab \u00e7a, c\u2019est bien ou mal ? \u00bb, \u00e0 \u00ab \u00e7a c\u2019est quoi ? \u00bb. Bien s\u00fbr, la premi\u00e8re question nous emm\u00e8ne \u00e0 un d\u00e9bat savoureux (mais y a-t-il encore des d\u00e9bats ?). Et de l\u00e0, au \u00ab \u00e7a, ce n\u2019est pas bien \u2013 ou mal \u2013 parce que c\u2019est moi qui le dis \u00bb. Ou, peut-\u00eatre, il y aurait d\u00e9bat sur ce qu\u2019est le bien et le mal, et \u00e0 partir de l\u00e0 les arguments et les citations en note de bas de page. Bien s\u00fbr, vous avez raison, c\u2019est bien mieux que de recourir \u00e0 des \u00ab likes \u00bb et des \u00ab pouces bleus \u00bb, mais je vous avais propos\u00e9 de changer de point de d\u00e9part : choisir l&rsquo;objectif de votre regard.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple : vous d\u00e9cidez de regarder les musulmans. Vous pouvez d\u00e9cider, par exemple, entre celleux qui ont perp\u00e9tr\u00e9 l\u2019attentat de Charlie Hebdo ou entre celleux qui marchent aujourd\u2019hui sur les routes de France pour r\u00e9clamer, exiger, imposer leurs droits. Vu que vous \u00eates arriv\u00e9 \u00e0 ces lignes, il est tr\u00e8s probable que vous optiez pour les \u00ab sans papiers \u00bb. Bien s\u00fbr, vous vous sentez aussi dans l\u2019obligation de d\u00e9clarer que Macron est un imb\u00e9cile. Mais, d\u00e9tournant le regard de ce rapide coup d\u2019\u0153il vers le sommet, vous vous remettez \u00e0 regarder les occupations, les campements et les marches des migrants. Vous vous demandez combien ils sont. Cela vous para\u00eet beaucoup, peu, trop ou pas assez. On est pass\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 religieuse \u00e0 la quantit\u00e9. Et donc vous vous demandez ce qu\u2019ils veulent, pour quoi ils se battent ? Et l\u00e0, vous d\u00e9cidez si vous vous servez des m\u00e9dias et des r\u00e9seaux sociaux pour le savoir\u2026 ou si vous les \u00e9coutez. Supposons que vous pouvez leur poser des questions. Vous allez leur demander leur croyance religieuse ou combien sont-ils ? Ou leur demander pourquoi ils ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019abandonner leur terre pour se rendre \u00e0 des sols et des cieux qui ont une autre langue, une autre culture, d&rsquo;autres lois, d\u2019autres modes de vie ? Peut-\u00eatre qu&rsquo;ils vous r\u00e9pondront avec un seul mot : guerre. Ou bien peut-\u00eatre qu&rsquo;ils vont vous d\u00e9tailler ce que cette parole signifie dans leur r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 eux. Guerre. Vous d\u00e9cidez d\u2019enqu\u00eater : la guerre, o\u00f9 \u00e7a ? Ou encore mieux, pourquoi cette guerre ? Donc l\u00e0 ils vous inondent d\u2019explications: les croyances religieuses, les guerres territoriales, le pillage des ressources naturelles, ou simplement, au plein sens du terme, une stupidit\u00e9. Mais vous ne vous en contentez pas et vous demandez \u00e0 qui profite la destruction, le d\u00e9peuplement, la reconstruction, le re-peuplement. Vous trouvez les donn\u00e9es de plusieurs entreprises. Vous faites des recherches sur ces entreprises et d\u00e9couvrez qu\u2019elles sont pr\u00e9sentes dans diff\u00e9rents pays, qu\u2019elles ne fabriquent pas seulement des armes, mais aussi des voitures, des fus\u00e9es interstellaires, des micro-ondes, des services de messagerie postale, des banques, des r\u00e9seaux sociaux, des \u00ab contenus m\u00e9diatiques \u00bb, des v\u00eatements, des t\u00e9l\u00e9phones portables, des ordinateurs, des chaussures, des aliments bio ou pas, des entreprises de navigation, de ventes en ligne, des trains, des chefs de gouvernement et des cabinets, des centres de recherche scientifique &#8211; ou pas, des cha\u00eenes d\u2019h\u00f4tels et de restaurants, des \u00ab fast food \u00bb, des lignes a\u00e9ronautiques, des centrales thermo\u00e9lectriques et, \u00e9videmment, des fondations d\u2019aide \u00ab humanitaire \u00bb. Vous pourriez dire, donc, que la responsabilit\u00e9 en revient \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 ou au monde entier.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais vous vous demandez si le monde ou l\u2019humanit\u00e9 ne sont pas responsables du m\u00eame coup aussi de cette marche, de cette occupation, de ce campement de migrants, de cette r\u00e9sistance. Et vous en arrivez \u00e0 la conclusion qu&rsquo;il est possible, probable, que peut-\u00eatre que le responsable, c&rsquo;est un syst\u00e8me tout entier. Un syst\u00e8me qui produit et reproduit la douleur, qui l\u2019inflige \u00e0 ceux qui la re\u00e7oivent.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant retournez votre regard vers la marche qui parcourt les routes de France. Supposons qu\u2019ils ne sont pas beaucoup, tr\u00e8s peu, que c\u2019est juste une femme qui porte son pitchounet. C\u2019est important, l\u00e0, sa croyance religieuse, sa langue, ses habits, sa culture, son mode de vie ? C&rsquo;est important pour vous si c&rsquo;est juste une femme qui porte son pitchounet dans ses bras ? Maintenant oubliez cette femme un moment, et concentrez votre regard seulement sur le b\u00e9b\u00e9. C\u2019est important de savoir si c\u2019est un gar\u00e7on, une fille, ou un genre autre ? La couleur de sa peau ? Peut-\u00eatre d\u00e9couvrirez-vous, maintenant, que ce qui importe c\u2019est sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant, allez plus loin, apr\u00e8s tout vous \u00eates d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ces lignes, donc quelques-unes de plus ne vous feront pas de mal. Ok, pas trop de mal.<\/p>\n\n\n\n<p>Supposons que cette femme vous parle et que vous ayez le privil\u00e8ge de comprendre ce qu\u2019elle vous dit. Vous pensez qu\u2019elle, elle va vous exiger de lui demander pardon pour la couleur de peau de votre peau \u00e0 vous, votre croyance, religieuse ou non, votre nationalit\u00e9, vos anc\u00eatres, votre langue, votre genre, votre mode de vie ? Allez-vous vous d\u00e9p\u00eacher de lui demander pardon d\u2019\u00eatre qui vous \u00eates ? Esp\u00e9rez-vous qu&rsquo;elle vous pardonne et que vous puissiez mettre les compteurs \u00e0 z\u00e9ro et retourner \u00e0 votre vie quotidienne ? Ou qu\u2019elle ne vous pardonne pas et que vous vous disiez \u00ab bon, au moins j\u2019aurais essay\u00e9 et je regrette sinc\u00e8rement d&rsquo;\u00eatre qui je suis \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ou vous avez peur qu\u2019elle ne vous parle pas, qu\u2019elle ne fasse que vous regarder en silence, que vous sentiez que son regard vous demande: \u00ab Et toi, quoi ? Alors ? \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>Si vous en arrivez \u00e0 ce raisonnement-sentiment-angoisse-d\u00e9sespoir, alors, je suis d\u00e9sol\u00e9, c&rsquo;est sans rem\u00e8de : vous \u00eates un \u00eatre humain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>-*-<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une fois prouv\u00e9 ainsi que vous n&rsquo;\u00eates pas un bot, r\u00e9p\u00e9tez l&rsquo;exercice sur l&rsquo;\u00eele de Lesbos ; au Rocher de Gibraltar ; sur le canal de La Manche ; \u00e0 Naples ; sur le fleuve Suchiate ; sur le Rio Bravo.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant d\u00e9placez votre regard et cherchez la Palestine, le Kurdistan, Euskadi et le Wallmapu. Oui, je sais, \u00e7a donne un peu le tournis&#8230; et ce n&rsquo;est pas tout. Mais dans ces lieux, il y a celleux (nombreu.se.s ou pas, ou trop, ou suffisamment) qui luttent aussi pour la vie. Mais en fait il se trouve qu&rsquo;ils.elles con\u00e7oivent la vie ins\u00e9parablement li\u00e9e \u00e0 leur terre, leur langue, leur culture, leur mode de vie. \u00c0 ce que le Congr\u00e8s National Indig\u00e8ne nous a appris \u00e0 appeler \u00ab territoire \u00bb, et qui n&rsquo;est pas seulement un lopin de terre. Vous n&rsquo;avez pas envie que ces personnes vous racontent leur histoire, leur lutte, leurs r\u00eaves ? Oui, je sais, ce serait peut-\u00eatre mieux pour vous de vous en remettre \u00e0 Wikipedia, mais \u00e7a ne vous tente pas de les \u00e9couter directement et d&rsquo;essayer de les comprendre ?<\/p>\n\n\n\n<p>Retournez maintenant \u00e0 ce truc qu&rsquo;il y a entre le Rio Bravo et le fleuve Suchiate. Approchez-vous de ce lieu appel\u00e9 \u00ab Morelos \u00bb. Un nouveau zoom de votre regard sur la commune de Temoac. Focalisez maintenant le regard sur la communaut\u00e9 d&rsquo;Amilcingo. Vous voyez cette maison ? C&rsquo;est la maison d&rsquo;un homme qui, de son vivant, portait le nom de Samir Flores Soberanes. L\u00e0, face \u00e0 cette porte, il a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9. Son crime ? S&rsquo;opposer \u00e0 un m\u00e9gaprojet qui repr\u00e9sente la mort pour la vie des communaut\u00e9s auxquelles il appartient. Non, je ne me suis pas tromp\u00e9 en \u00e9crivant : Samir a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 non pas parce qu&rsquo;il d\u00e9fendait sa vie individuelle, mais celle de ses communaut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus encore : Samir a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 parce qu&rsquo;il d\u00e9fendait la vie des g\u00e9n\u00e9rations qui ne sont m\u00eame pas encore n\u00e9es. Parce que, pour Samir, pour ses compa\u00f1eras et ses compa\u00f1eros, pour les peuples originaires regroup\u00e9s dans le CNI et pour nous, les zapatistes, la vie de la communaut\u00e9 n&rsquo;a pas lieu que dans le pr\u00e9sent. Il s&rsquo;agit, et surtout, de ce qui viendra. La vie de la communaut\u00e9 se construit aujourd&rsquo;hui, mais pour demain. La vie dans la communaut\u00e9 est quelque chose qui s&rsquo;h\u00e9rite, donc. Vous croyez que le compte est bon si les assassins &#8211; intellectuels et mat\u00e9riels &#8211; demandent pardon ? Vous pensez que pour sa famille, son organisation, le CNI, nous, il serait suffisant que les criminels demandent pardon pour que nous nous sentions quittes ? \u00ab Excusez-moi, c&rsquo;est moi qui l&rsquo;ai montr\u00e9 du doigt pour que les hommes de main l&rsquo;ex\u00e9cutent, j&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 un mouchard\/une langue de vip\u00e8re. Je vais voir si je me corrige, ou pas. Je vous ai d\u00e9j\u00e0 demand\u00e9 pardon, maintenant abandonnez le piquet de lutte et on va terminer la centrale thermo\u00e9lectrique, parce que sinon, on va perdre beaucoup d&rsquo;argent \u00bb. Vous croyez que c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils attendent, ce que que nous attendons, que c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;ils luttent, que nous luttons ? Pour qu&rsquo;ils demandent pardon ? Qu&rsquo;ils d\u00e9clarent : \u00ab Excusez-nous, oui, nous avons assassin\u00e9 Samir et au passage, avec ce projet, nous assassinons vos communaut\u00e9s. C&rsquo;est bon, pardonnez-nous. Et si vous ne nous pardonnez pas, ben on s&rsquo;en fiche, il faut finir le projet \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>Et il se trouve que ceux qui demanderaient pardon pour la centrale thermo\u00e9lectrique sont les m\u00eames qui sont impliqu\u00e9s dans le mal nomm\u00e9 \u00ab Train Maya \u00bb, les m\u00eames pour le \u00ab couloir transisthmique \u00bb, les m\u00eames pour les barrages, les mines \u00e0 ciel ouvert et les centrales \u00e9lectriques, les m\u00eames qui ferment les fronti\u00e8res pour emp\u00eacher la migration provoqu\u00e9e par les guerres qu&rsquo;eux m\u00eames nourrissent, les m\u00eames qui pourchassent les Mapuches, les m\u00eames qui massacrent les Kurdes, les m\u00eames qui d\u00e9truisent la Palestine, les m\u00eames qui tirent sur les Afro-Am\u00e9ricains, les m\u00eames qui exploitent (direct ou indirectement) des travailleurs un peu partout sur la plan\u00e8te, les m\u00eames qui cultivent et v\u00e9n\u00e8rent la violence de genre, les m\u00eames qui vouent l&rsquo;enfance \u00e0 la prostitution, les m\u00eames qui vous espionnent pour conna\u00eetre vos go\u00fbts et vous vendre ceci ou cel\u00e0 -et si rien n&rsquo;est \u00e0 votre go\u00fbt, et bien on fera en sorte que cela vous plaise quand m\u00eame-, les m\u00eames qui d\u00e9truisent la nature. Les m\u00eames qui veulent vous faire croire, \u00e0 vous, aux autres, \u00e0 nous que la responsabilit\u00e9 de ce crime mondial en marche est la faute de nations, de croyances religieuses, de r\u00e9sistance au progr\u00e8s, de conservateurs, de langues, d&rsquo;histoires, de modes de vie. Que tout se r\u00e9sume \u00e0 un individu&#8230; ou une individue (ne pas oublier la parit\u00e9 de genre).<\/p>\n\n\n\n<p>Si on pouvait se rendre dans tous ces recoins de cette plan\u00e8te moribonde, que feriez-vous ? Bon, nous ne savons pas. Mais nous, hommes, femmes, autres zapatistes, nous nous y rendrions pour apprendre. Bien s\u00fbr, pour danser aussi, mais l&rsquo;un n&rsquo;exclue pas l&rsquo;autre, je crois. Si nous en avions l&rsquo;opportunit\u00e9, nous serions dispos\u00e9.e.s \u00e0 tout risquer, tout. Pas seulement notre vie individuelle, mais aussi notre vie collective. Et si cette possibilit\u00e9 n&rsquo;existait pas, nous nous battrions pour la cr\u00e9er. Pour la construire, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un navire (bateau, vaisseau ?). Oui, je sais, c&rsquo;est une folie. C&rsquo;est impensable. Qui oserait penser que le destin de celleux qui r\u00e9sistent \u00e0 la centrale thermo\u00e9lectrique, dans un tout petit recoin du Mexique, pourrait int\u00e9resser la Palestine, le Mapuche, le Basque, le migrant, l&rsquo;Afro-Am\u00e9ricain, la jeune environnementaliste su\u00e9doise, la guerri\u00e8re kurde, la femme qui lutte ailleurs dans le monde, le Japon, la Chine, les Cor\u00e9es, l&rsquo;Oc\u00e9anie, la m\u00e8re Afrique ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ne devrions-nous pas, au contraire, aller par exemple \u00e0 Chablekal, dans le Yucatan, au local de l&rsquo;Equipe Indignaci\u00f3n et leur r\u00e9clamer \u00ab hey, vous avez la peau blanche et vous \u00eates croyants, demandez pardon !\u00a0\u00bb \u00bb ? Je suis presque s\u00fbr qu&rsquo;illes r\u00e9pondraient \u00ab pas de souci, mais attendez votre tour, parce qu&rsquo;en ce moment nous sommes occup\u00e9.e.s \u00e0 accompagner celleux qui r\u00e9sistent au Train Maya, celleux qui subissent la d\u00e9possession, la pers\u00e9cution, la prison, la mort \u00bb. Et illes rajouteraient :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab De plus, nous devons affronter l&rsquo;accusation lanc\u00e9e par le dirigeant supr\u00eame comme quoi nous sommes financ\u00e9.e.s par les Illuminati dans le cadre d&rsquo;un complot interplan\u00e9taire qui pr\u00e9tend stopper la 4e Transformation \u00bb. Ce dont je suis s\u00fbr, c\u2019est qu\u2019illes utiliseraient le verbe \u00ab accompagner \u00bb, et pas \u00ab diriger \u00bb, \u00ab commander \u00bb, \u00ab mener \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ou plut\u00f4t devrions-nous envahir les Europes au cri de \u00ab rendez-vous visages-p\u00e2les ! \u00bb, et d\u00e9truire le Parth\u00e9non, le Louvre et le Prado, et, au lieu de sculptures et de peintures, tout remplir de broderies zapatistes, particuli\u00e8rement de masques zapatistes &#8211; qui, soit dit en passant, sont efficaces et tr\u00e8s mignons -, et au lieu de p\u00e2tes, de fruits de mer et de paellas, imposer la consommation d&rsquo;\u00e9pis de ma\u00efs, de cacat\u00e9 [ndt : boisson \u00e0 base de cacao], et de hierba mora [ndt : l\u00e9gume local ressemblant aux \u00e9pinards] ; au lieu de sodas, de vins et de bi\u00e8res, du pozol [ndt : boisson maya \u00e0 base de ma\u00efs] obligatoire ; et si quelqu&rsquo;un sort dans la rue sans passe-montagne : amende ou prison (en option, parce qu&rsquo;il faut quand m\u00eame pas exag\u00e9rer), et exclamer : \u00ab Alors, pour les rockeurs, marimba obligatoire ! Et \u00e0 partir de maintenant, des cumbias exclusivement, pas de reggaeton (\u00e7a vous tente, hein ?) ! Tiens, toi, Pancho Varona et Sabina, les autres, vous faites les ch\u0153urs, commencez avec \u00ab\u00a0Cartas Marcadas\u00a0\u00bb, et en boucle, m\u00eame si on rallonge jusqu&rsquo;\u00e0 dix, onze heures, minuit, une, deux ou trois heures [ndt : fait r\u00e9f\u00e9rence au refrain d&rsquo;une chanson de Joaquin Sabina], et basta, car demain il faut se lever t\u00f4t ! Hey, l&rsquo;autre toi, ex-roi en cavale, laisse en paix ces \u00e9l\u00e9phants et mets-toi au travail en cuisine ! Soupe de courge pour toute la cour !\u00a0\u00bb (je sais, ma cruaut\u00e9 est exquise) ?<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, dites-moi : croyez-vous que le cauchemar de ceux d&rsquo;en-haut consiste en l&rsquo;obligation de demander pardon ? Ne serait-ce pas plut\u00f4t que leur sommeil est peupl\u00e9 de choses horribles telles que leur disparition, le fait qu&rsquo;ils n&rsquo;aient plus d&rsquo;importance, qu&rsquo;on ne les prenne pas en compte, qu&rsquo;ils ne soient rien, que leur monde se d\u00e9compose sans \u00e0 peine faire de bruit, sans que personne ne se souvienne d&rsquo;eux, sans qu&rsquo;on leur \u00e9rige des statues, des mus\u00e9es, des cantiques, des jours de f\u00eate ? Ne serait-ce pas plut\u00f4t qu&rsquo;ils paniquent face \u00e0 la possible r\u00e9alit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>-*-<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut l&rsquo;une des rares fois o\u00f9 le feu SupMarcos n&rsquo;avait pas recouru \u00e0 une m\u00e9taphore cin\u00e9phile pour expliquer quelque chose. Parce que, vous n&rsquo;\u00eates pas cens\u00e9 le savoir, ni moi vous le raconter, mais le d\u00e9funt pouvait relier chacune des \u00e9tapes de sa courte vie \u00e0 un film particulier. Ou accompagner une explication sur la situation nationale ou internationale d&rsquo;un \u00ab comme dans tel film \u00bb. Bien s\u00fbr, il devait plus d&rsquo;une fois r\u00e9agencer le sc\u00e9nario pour le faire correspondre \u00e0 sa narration. Comme la plupart d&rsquo;entre nous n&rsquo;avait pas vu le film en question, et que nous n&rsquo;avions pas acc\u00e8s \u00e0 internet pour consulter wikip\u00e9dia sur nos portables, et bien nous le croyions. Mais ne nous d\u00e9vions pas du sujet. Attendez, je crois qu&rsquo;il l&rsquo;avait \u00e9crit sur l&rsquo;un de ces papiers qui saturent sa malle \u00e0 souvenirs&#8230; Le voil\u00e0 ! Donc voici :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Pour comprendre notre engagement et la taille de notre audace, imaginez que la mort est une porte \u00e0 franchir. Il y aura une grande quantit\u00e9 et vari\u00e9t\u00e9 de sp\u00e9culations concernant ce qu&rsquo;il y a derri\u00e8re la porte: le ciel, l&rsquo;enfer, les limbes, le n\u00e9ant. Et sur ces options, des dizaines de descriptions. La vie, alors, pourrait \u00eatre con\u00e7ue comme le chemin vers cette porte. La porte, la mort donc, serait alors un point d&rsquo;arriv\u00e9e&#8230; ou une interruption, l&rsquo;entaille impertinente de l&rsquo;absence blessant l&rsquo;air de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>On arriverait \u00e0 cette porte, alors, par la violence de la torture et le meurtre, l&rsquo;infortune d&rsquo;un accident, le douloureux entreb\u00e2illement de la porte lors d&rsquo;une maladie, lors de fatigue ou de d\u00e9sir. En effet, bien que la plupart des fois on arrivait \u00e0 cette porte sans le vouloir ni le pr\u00e9tendre, il serait aussi possible que ce soit choisi.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les peuples originaires, aujourd&rsquo;hui zapatistes, la mort \u00e9tait une porte qui surgissait presque au tout d\u00e9but de la vie. L&rsquo;enfance tombait sur elle avant les 5 ans, et la traversait entre fi\u00e8vres et diarrh\u00e9es. Ce que nous avons fait le premier janvier 1994, c&rsquo;est tenter d&rsquo;\u00e9loigner cette porte. Bien s\u00fbr, il a fallu \u00eatre dispos\u00e9s \u00e0 la traverser pour y arriver, bien que nous ne le souhaitions pas. Depuis, tout notre effort a consist\u00e9, et consiste, \u00e0 \u00e9loigner la porte le plus possible. \u00ab\u00a0Rallonger l&rsquo;esp\u00e9rance de vie\u00a0\u00bb, diraient les sp\u00e9cialistes. Mais d&rsquo;une vie digne, ajouterions-nous. L&rsquo;\u00e9loigner jusqu&rsquo;\u00e0 arriver \u00e0 la mettre de c\u00f4t\u00e9, mais beaucoup plus loin sur le chemin. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;au d\u00e9but de notre soul\u00e8vement, nous avions dit que \u00ab\u00a0pour vivre, nous mourons\u00a0\u00bb. Car si nous n&rsquo;h\u00e9ritons pas de vie, c&rsquo;est \u00e0 dire de chemin, \u00e0 quoi bon vivons-nous ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>-*-<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9riter la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ce qui pr\u00e9cis\u00e9ment inqui\u00e9tait Samir Flores Soberanes. Et c&rsquo;est ce qui peut r\u00e9sumer la lutte du Front de Peuples en D\u00e9fense de l&rsquo;Eau et de la Terre de Morelos, Puebla et Tlaxcala, dans sa r\u00e9sistance et sa r\u00e9bellion contre la centrale thermo\u00e9l\u00e9ctrique et le soi-disant \u00ab Projet Int\u00e9gral Morelos \u00bb. A leurs demandes de stopper et faire dispara\u00eetre un projet mortif\u00e8re, le mauvais gouvernement r\u00e9pond en argumentant que beaucoup d&rsquo;argent serait perdu.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0-bas, dans l&rsquo;\u00c9tat de Morelos, se r\u00e9sume la confrontation en cours dans le monde entier : argent versus vie. Et dans cette confrontation, dans cette guerre, aucune personne honn\u00eate ne devrait rester neutre: soit avec l&rsquo;argent, soit avec la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait donc conclure que la lutte pour la vie n&rsquo;est pas une obsession chez les peuples originaires. C&rsquo;est plut\u00f4t&#8230; une vocation.. et collective.<\/p>\n\n\n\n<p>Bon. Sant\u00e9 et n&rsquo;oublions pas que pardon et justice ne sont pas la m\u00eame chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis les montagnes des Alpes, en doutant de quoi envahir en premier : l&rsquo;Allemagne, l&rsquo;Autriche, la Suisse, l&rsquo;Italie, la Slov\u00e9nie, Monaco, le Liechtenstein? Noh, je blague&#8230; ou pas?<\/p>\n\n\n\n<p>Le SupGaleano s&rsquo;entrainant sur son \u00ab vomi \u00bb le plus \u00e9l\u00e9gant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mexique, octobre 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>Du carnet de notes du Chat-Chien : Une montagne en haute mer. Partie I : Le radeau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Et dans les mers de tous les mondes qu&rsquo;il y a dans le monde, on a vu des montagnes qui bougeaient sur l&rsquo;eau et, sur elles, le visage cach\u00e9, des femmes, des hommes et des genres autres\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Chroniques du lendemain\u00a0\u00bb. Don Durito de la Lacandona. 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une troisi\u00e8me tentative loup\u00e9e, Maxo resta dubitatif puis, apr\u00e8s quelques secondes, il s&rsquo;exclama : \u00ab On a besoin de corde \u00bb. \u00ab Je te l&rsquo;avais dit \u00bb, assura Gabino. Les restes du radeau flottaient \u00e9parses, s&rsquo;entrechoquant les uns aux autres au rythme du courant du fleuve qui, faisant honneur \u00e0 son nom de \u00ab Colorado \u00bb, peignait ses eaux de la terre rouge qu&rsquo;il arrachait des rives.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils appel\u00e8rent alors un escadron de miliciens de cavalerie qui arriva au son de la Cumbia sobre el r\u00edo suena, du maestro Celso Pi\u00f1a. Ils mirent les cordes bout \u00e0 bout pour faire deux longues sections. Ils envoy\u00e8rent une \u00e9quipe de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du fleuve. Une fois les cordes attach\u00e9es au radeau, les deux groupes pourraient contr\u00f4ler le trajet du navire sans qu&rsquo;il ne finisse en miettes, la poign\u00e9e de troncs train\u00e9e par un fleuve qui n&rsquo;\u00e9tait m\u00eame pas au courant de la tentative de navigation.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;absurdit\u00e9 de la situation en cours avait surgi suite \u00e0 la d\u00e9cision de l&rsquo;invasion&#8230; pardon, la visite aux cinq continents. Et puis tant pis, c&rsquo;est comme \u00e7a. Car, au moment du vote et quand au final le SupGaleano leur a dit : \u00ab Vous \u00eates fous, nous n&rsquo;avons pas de bateau \u00bb, Maxo avait r\u00e9pondu : \u00ab On en construit un \u00bb. Et vite, ils avaient commenc\u00e9 \u00e0 faire des propositions.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme tout ce qui est absurde en terres zapatistes, la construction du \u00ab bateau \u00bb ameuta la bande de Defensa Zapatista.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Les compa\u00f1eras vont mourir mis\u00e9rablement \u00bb, jugea Esperanza avec son l\u00e9gendaire optimisme (la petite fille avait trouv\u00e9 ce mot dans un livre et elle avait compris qu&rsquo;on l&rsquo;utilisait pour faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 quelque chose d&rsquo;horrible et irr\u00e9m\u00e9diable, et elle l&rsquo;utilise \u00e0 tout bout de champ : \u00ab Mes mamans m&rsquo;ont peign\u00e9 mis\u00e9rablement \u00bb, \u00ab La ma\u00eetresse m&rsquo;a fait une rature mis\u00e9rable \u00bb, etc\u00e9tera), quand, \u00e0 la quatri\u00e8me tentative, le radeau s&rsquo;effilocha presque imm\u00e9diatement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Et les compa\u00f1eros \u00bb, se sentit oblig\u00e9 d&rsquo;ajouter Pedrito, doutant de si la solidarit\u00e9 de genre \u00e9tait n\u00e9cessaire dans ce destin&#8230;mis\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Tu parles \u00bb, r\u00e9pliqua Defensa. \u00ab Des compa\u00f1eros de toutes fa\u00e7ons \u00e7a se remplace, mais des compa\u00f1eras&#8230; o\u00f9 est-ce qu&rsquo;on va en trouver ? Des compa\u00f1eras, de vraies compa\u00f1eras, pas n&rsquo;importe lesquelles \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La bande de Defensa \u00e9tait plac\u00e9e strat\u00e9giquement. Non pas pour contempler les avatars des comit\u00e9s de construction du bateau. Defensa et Esperanza tenaient par les mains Calamidad qui avait d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9 par deux fois de se jeter dans la rivi\u00e8re pour sauver le radeau, mais les deux fois elle avait \u00e9t\u00e9 tacl\u00e9e par Pedrito, Pablito et Amado le bienaim\u00e9. Le cheval f\u00eal\u00e9 et le chat-chien furent renvers\u00e9s d\u00e8s le d\u00e9part. Ils s&rsquo;inqui\u00e9taient pour rien. Quand le SupGaleano vit la horde arriver, il assigna trois pelotons de miliciennes sur le bord du fleuve. Avec son habituelle diplomatie et le sourire aux l\u00e8vres, le Sup leur dit : \u00ab Si cette petite fille va dans l&rsquo;eau, toutes mourront \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le succ\u00e8s de la sixi\u00e8me tentative, les comit\u00e9s essayaient de charger le radeau de ce qu&rsquo;ils avaient appel\u00e9 \u00ab des choses essentielles \u00bb pour le voyage (un esp\u00e8ce de kit de survie zapatiste) : un sac de tostadas, du sucre de canne, un petit sac de caf\u00e9, quelques boules de pozol, un monceau de bois, un bout de b\u00e2che pour si jamais il pleut. Ils rest\u00e8rent l\u00e0, contemplatifs, et se rendirent compte qu&rsquo;il manquait quelque chose. \u00c9videmment, ils ne mirent pas longtemps \u00e0 apporter la marimba.<\/p>\n\n\n\n<p>Maxo alla vers le Monarque et le SupGaleano qui r\u00e9visaient quelques dessins dont je vous parlerai \u00e0 une autre occasion et dit : \u00ab Eh, Sup, il faut que tu leur envoies un lettre \u00e0 ceux de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 : qu&rsquo;ils cherchent des cordes et qu&rsquo;ils les mettent bout \u00e0 bout pour qu&rsquo;elles soient bien longues, et qu&rsquo;ils les lancent par ici et comme \u00e7a on pourra bouger le \u00ab\u00a0bateau\u00a0\u00bb depuis les deux c\u00f4t\u00e9s. Mais il faut qu&rsquo;ils s&rsquo;organisent, parce que si chacun lance une corde de son c\u00f4t\u00e9, et bien elles n&rsquo;arriveront pas. Ils faut qu&rsquo;ils les mettent bout-\u00e0-bout quoi, et bien organis\u00e9s \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Maxo n&rsquo;attendit pas que le SupGaleano soit sorti de son d\u00e9sarroi et qu&rsquo;il tente de lui expliquer qu&rsquo;il y avait une grande diff\u00e9rence entre un radeau fait de troncs attach\u00e9s par une liane, et un bateau pour traverser l&rsquo;Atlantique.<\/p>\n\n\n\n<p>Maxo s&rsquo;en alla superviser l&rsquo;essai du radeau charg\u00e9 de tous les bagages. Ils discut\u00e8rent de qui allait monter pour l&rsquo;essayer avec des gens \u00e0 bord, mais le fleuve faisait un bruit de fouet effrayant, alors ils d\u00e9cid\u00e8rent de faire un mannequin et de l&rsquo;arrimer au milieu du bateau. Maxo \u00e9tait l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;un ing\u00e9nieur naval car il y a des ann\u00e9es, lorsqu&rsquo;une d\u00e9l\u00e9gation zapatiste \u00e9tait all\u00e9e soutenir le campement des Cucap\u00e1s [ndt : action entreprise en 2007 par les zapatistes afin de soutenir le campement de r\u00e9sistance des p\u00eacheurs cucapas au large de la Basse-Californie], il s&rsquo;\u00e9tait lanc\u00e9 sur la mer de Cort\u00e9s. Maxo n&rsquo;expliqua pas qu&rsquo;il avait failli se noyer parce que son passe-montagne lui collait au nez et \u00e0 la bouche et qu&rsquo;il n&rsquo;arrivait pas \u00e0 respirer. Tel un vieux loup de mer, il expliqua : \u00ab C&rsquo;est comme une rivi\u00e8re, mais sans courant, et plus large, bien plus grand, un peu comme la lagune de Miramar \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le SupGaleano essayait de d\u00e9chiffrer comment on dit \u00ab corde \u00bb en allemand, italien, fran\u00e7ais, anglais, grec, basque, turc, catalan, finnois etc., quand la Major Irma s&rsquo;approcha et lui dit : \u00ab Dis-leur qu&rsquo;elles ne sont pas seules \u00bb. \u00ab Ni seuls \u00bb, ajouta le lieutenant-colonel Rolando. \u00ab Ni seulEs \u00bb, aventura la Marijos\u00e9, qui arrivait pour demander aux musiciens de faire une version du Lac des Cygnes, mais en cumbia. \u00ab Comme \u00e7a, joyeux quoi, qu&rsquo;ils dansent, que leur c\u0153ur ne soit pas triste. \u00bb Les musiciens demand\u00e8rent ce qu&rsquo;\u00e9tait un \u00ab cygne \u00bb. \u00ab C&rsquo;est comme des canards mais en plus mignon, comme s&rsquo;ils avaient tendu le cou et qu&rsquo;ils \u00e9taient rest\u00e9s comme \u00e7a. C&rsquo;est comme des girafes mais qui marchent comme des canards \u00bb. \u00ab Est-ce \u00e7a se mange ? \u00bb demand\u00e8rent les musiciens, qui savaient que c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;heure du pozol et \u00e9taient venus seulement pour amener la marimba. \u00ab Qu&rsquo;est-ce que vous croyez ! Les cygnes \u00e7a se danse \u00bb. Les musiciens se dirent qu&rsquo;une version de \u00ab pollito con papas \u00bb [ndt : \u00ab poulet\/frites \u00bb, cumbia populaire] pourrait faire l&rsquo;affaire. \u00ab On va y r\u00e9fl\u00e9chir \u00bb, dirent-ils, et ils partirent boire du pozol.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps-l\u00e0, Defensa Zapatista et Esperanza avaient convaincu Calamidad que, comme le SupGaleano \u00e9tait occup\u00e9, sa cabane \u00e9tait vide et qu&rsquo;il avait tr\u00e8s probablement cach\u00e9 un paquet de madeleines dans la bo\u00eete \u00e0 tabac. Calamidad h\u00e9sitait, alors elles avaient d\u00fb lui dire que l\u00e0-bas elles pourraient faire du pop-corn. Elles partirent. Le Sup les vit s&rsquo;\u00e9loigner, mais il ne s&rsquo;inqui\u00e9ta pas, il leur \u00e9tait impossible de trouver la cachette des madeleines, cach\u00e9e sous des sacs de tabac moisi, et, se tournant vers le Monarque et lui montrant quelques sch\u00e9mas, il demanda : \u00ab Tu es s\u00fbr qu&rsquo;il ne coulera pas ? Parce qu&rsquo;on dirait que \u00e7a va \u00eatre lourd \u00bb. Le Monarque resta pensif et r\u00e9pondit : \u00ab Possible \u00bb. Et puis, plus s\u00e9rieusement : \u00ab Eh bien qu&rsquo;ils emportent des vessies, comme \u00e7a ils flotteront \u00bb (note : vessies = ballons).<\/p>\n\n\n\n<p>Le Sup soupira et dit : \u00ab Plus que d&rsquo;un bateau, c&rsquo;est d&rsquo;un peu de bon sens dont nous avons besoin \u00bb. \u00ab Et de plus de corde \u00bb, ajouta le SubMoy qui arrivait juste au moment o\u00f9 le radeau, plein \u00e0 ras bord, \u00e9tait en train de couler.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que sur le bord, le groupe de Comit\u00e9s contemplait les restes du naufrage et la marimba qui flottait \u00e0 l&rsquo;envers, quelqu&rsquo;un dit : \u00ab Heureusement que nous n&rsquo;avons pas mis dessus la sono, \u00e7a co\u00fbte plus cher. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Tout le monde applaudit lorsque la poup\u00e9e de chiffon remonta \u00e0 la surface. Quelqu&rsquo;un, avec clairvoyance, lui avait mis deux vessies gonfl\u00e9es sous les bras.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;en t\u00e9moigne.<\/p>\n\n\n\n<p>Miau-Wouf.<\/p>\n\n\n\n<p>Videos:<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Celso Pin\u0303a - Cumbia Sobre el Rio Suena (en vivo) ft. la Orquesta de Baja California\" width=\"750\" height=\"422\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/4ba1Yc6lkQc?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Tierra Santa - La Cancion Del Pirata (I y II)\" width=\"750\" height=\"563\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/5k-QLyo9Hoc?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"THE WOLF SONG - Nordic Lullaby - Vargs\u00e5ngen\" width=\"750\" height=\"422\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/KTmatjyd4KM?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduction originel: https:\/\/espoirchiapas.blogspot.com\/2020\/10\/supgaleano-le-regard-et-la-distance.html Octobre 2020 Supposons que cela serait possible de choisir, par exemple, le regard. 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Supposons que vous pourriez vous lib\u00e9rer, ne serait-ce qu\u2019un instant, de la tyrannie des r\u00e9seaux sociaux qui imposent non seulement ce qu\u2019on regarde et de quoi on parle, mais aussi comment regarder et comment parler. Donc, supposons que vous levez le regard. Encore plus haut : de l\u2019imm\u00e9diat jusqu&rsquo;au local, au r\u00e9gional, au national et au mondial. Vous le voyez ? Effectivement, un chaos, de la confusion, du d\u00e9sordre. 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Supposons que vous pourriez vous lib\u00e9rer, ne serait-ce qu\u2019un instant, de la tyrannie des r\u00e9seaux sociaux qui imposent non seulement ce qu\u2019on regarde et de quoi on parle, mais aussi comment regarder et comment parler. Donc, supposons que vous levez le regard. Encore plus haut : de l\u2019imm\u00e9diat jusqu&rsquo;au local, au r\u00e9gional, au national et au mondial. Vous le voyez ? Effectivement, un chaos, de la confusion, du d\u00e9sordre. Donc supposons que vous \u00eates un \u00eatre humain ; bon, que vous n\u00b4\u00eates pas une\u2026<\/p>\n","category_list_v2":"Non class\u00e9","author_info_v2":{"name":"kapis_editor_test","url":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/author\/kapis_editor_test\/"},"comments_num_v2":"0 commentaire","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6200"}],"collection":[{"href":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6200"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6200\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6201,"href":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6200\/revisions\/6201"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/320"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6200"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6200"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/viajezapatista.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6200"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}